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Les vestiges de l’hôtel Lebrun


8 rue du Sentier et 19 rue de Cléry - M° Sentier

2e arrondissement

Bâti au XVIIIe siècle par l’architecte Jean-Arnaud Raymond, l’hôtel Lebrun a été habité par Elizabeth Vigée-Lebrun, célèbre portraitiste de la cour de Marie-Antoinette, et son mari Pierre Lebrun, marchand de tableaux.

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L’hôtel de Lubert, rue de Cléry. L’immeuble a été profondément modifié au XIXe siècle
©paris-promeneurs

L’hôtel Poquelin ou hôtel de Lubert

Robert Poquelin, prêtre et docteur en Sorbonne, est propriétaire d’un hôtel du XVIIe siècle situé au n°19 rue de Cléry. A l’arrière de l’hôtel, le jardin se prolonge jusqu’à la rue du Gros Chenet (actuelle rue du Sentier).

En 1700, Poquelin fait donation de son hôtel à Louis de Lubert. Vers 1700, l’hôtel est déjà séparé en plusieurs appartements. Le marquis de Pezay, le peintre Ménageot et le marchand de tableaux Pierre Lebrun y résident.

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Elizabeth Vigée-Lebrun

Elizabeth Vigée-Lebrun, portraitiste célèbre

Fille d’un pastelliste, Elizabeth Vigée (1755-1842), conseillée par les peintres Joseph Vernet et Jean-Baptiste Greuze, étudie les grands maîtres avant de peindre son 1er tableau en 1770. Elle devient membre de l’Académie de Saint-Luc en 1774.

En 1775, Elizabeth Vigée s’installe avec sa mère, son frère et son beau-père dans l’hôtel de Lubert. Elle y fait la connaissance de Pierre Lebrun (1748-1813), marchand de tableaux, qui lui fait découvrir sa galerie   d’art. Le 11 janvier 1776, elle épouse dans l’intimité Pierre Lebrun ; elle se fait désormais appeler Elizabteh Vigée-Lebrun. En 1778, le couple Lebrun achète l’hôtel de Lubert aux héritiers de cette famille.

La même année, le comte de Provence, frère du roi, lui commande un premier tableau. Elle est admise peu après à travailler à la cour de Louis XVI. En 1778, elle devient le peintre officiel de Marie-Antoinette et va exécuter une vingtaine de portraits de la Reine.

En 1783, elle réussit à être admise à l’Académie royale de peinture et de sculpture, sans doute avec l’appui de Marie-Antoinette. Jusqu’à la Révolution, elle sera le peintre de portrait favori de l’aristocratie et des familles fortunées.

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L’hôtel Lebrun - Elévation de la façade sur la rue du Sentier

La construction de l’hôtel Lebrun

Souhaitant recevoir la bonne société parisienne et disposer de plus d’espace pour travailler, les Lebrun décident d’agrandir leur hôtel. En 1784-1785, ils chargent l’architecte Jean-Arnaud Raymond (1739-1811) de bâtir un second hôtel au fond du jardin. Cet hôtel, qui va prendre le nom d’hôtel Lebrun, donnera sur la rue du Gros Chenet (actuelle rue du Sentier).

L’hôtel est resté célèbre pour son parti architectural original. En effet, comme le souligne l’historien de l’art Michel Gallet, Raymond est profondément marqué par l’œuvre de l’architecte italien Palladio et d’autre part il affectionne la forme ronde et les exèdres.

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L’hôtel Lebrun - Elévation de la façade (en demi-cercle) sur le jardin

Sur la rue du Sentier, la façade est entièrement appareillée à refends  . Un étage d’attique   couronne la façade au-dessus d’une corniche saillante. Sur le jardin, la façade présente une grande originalité : elle forme un demi-cercle. Elle est sobrement animée de refends   au rez-de-chaussée, de niches où prennent place des statues au 1er étage et d’un long bas-relief au niveau de l’attique   situé sous la corniche. Le toit est plat et agrémenté d’une balustrade.

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L’hôtel Lebrun - Plan des combles - Le demi-cercle correspond à la façade sur le jardin

A l’intérieur, l’entresol est destiné à la location. Le 1er étage abrite deux appartements destinés aux époux Lebrun. Au 2e étage, une grande galerie   de 28m de longueur accueille la bibliothèque et les tableaux de la collection Lebrun ; elle sert également d’atelier de peinture à Mme Vigée-lebrun. Cette galerie   bénéficie d’un éclairage zénithal.

Aujourd’hui, l’hôtel Lebrun existe toujours mais ses façades sur rue et sur jardin ont été dénaturées. Néanmoins, si vous empruntez le porche du n°8 rue du Sentier, vous reconnaîtrez la façade en demi-cercle qui a été conservée. L’édifice est aujourd’hui transformé en bureaux. Il est toutefois possible d’entrer dans la cour si vous croisez un employé bienveillant.

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L’hôtel Lebrun - Etat actuel de la façade sur cour
©paris-promeneurs

La salle de ventes Lebrun

Outre le nouvel hôtel au fond de jardin, l’architecte Jean-Arnaud Raymond est également chargé d’agrandir l’ancien hôtel de Lubert pour accueillir une salle destinée à la vente de tableaux, activité de Pierre Lebrun.

Comme l’illustre la coupe reproduite ci-dessous, l’hôtel est relié par un escalier à une salle circulaire couverte d’une coupole   et disposant d’un éclairage zénithal. A l’intérieur, la salle est entourée de gradins. Au-dessus des gradins, des arcades en plein cintre surmontées de rideaux forment un véritable décor de théâtre à l’antique.

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Coupe de la salle des ventes Lebrun (à gauche) et de l’hôtel de Lubert (à droite)

Entre 1771 et 1813, Pierre Lebrun organise pas moins de 165 ventes dans son hôtel puis dans sa salle des ventes, accompagnées de catalogues qu’il rédige lui-même.

Sous la Révolution, l’église Notre-Dame de Bonne Nouvelle étant fermée, la salle Lebrun est réquisitionnée pour la célébration de mariages et de baptêmes. Puis elle sert de salle de concert et disparait finalement au cours du XIXe siècle. Plus aucune trace ne subsiste aujourd’hui.

Le séjour de Mozart rue du Sentier

En avril 1778, Wolfgang Amadeus Mozart et sa mère Anna-Maria s’installent dans un hôtel de voyageurs, « Les Quatre-Fils Aymon », situé dans la rue du sentier (rue du gros Chenet à cette époque). Elle y meurt le 3 juillet, sans doute emportée par la typhoïde. Une plaque commémorative sur la façade de l’hôtel Lebrun rappelle le séjour de Mozart ; il a été rebaptisé à tort « maison Mozart ».

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Coupe de l’hôtel Lebrun : rez-de-chaussée, entresol, appartement des lebrun au 1er étage et galerie-atelier de Mme Vigée-Lebrun au 2e étage

Les tourments de la Révolution et l’exil

Très critiquée sous la royauté pour sa proximité avec la famille royale, Elizabeth Vigée-Lebrun est très impopulaire au point que son hôtel particulier est saccagé et manque d’être incendié au début de la Révolution.

Réfugiée chez l’architecte Alexandre-Théodore Brongiart, la peintre quitte Paris avec sa fille le 6 octobre 1789 et s’exile en Italie. Après avoir parcouru l’Europe, elle est accueillie à Saint-Pétersbourg en 1794 et ne rentre à Paris qu’en 1802. Elle partage ensuite sa vie entre Louveciennes et Paris où elle meurt en 1842.

Resté à Paris, Pierre Lebrun met en vente son fond de commerce et sa remarquable collection en 1791 pour éviter la faillite. Inquiété par les amitiés monarchistes de son épouse exilée, il devient un ardent révolutionnaire sous l’influence de son ami Jacques Louis David. En 1794, par précaution, il divorce de son épouse.

Lebrun sera surtout sollicité par le nouveau gouvernement pour expertiser les biens nationaux, notamment tous ceux saisis dans les hôtels aristocratiques, les églises, les couvents et les académies. Il dispose en effet d’une grande compétence en matière de tableaux et de restauration. Il fera également l’acquisition d’œuvres d’art pour le compte du musée du Louvre nouvellement créé. Il perd son activité au moment de l’avènement de l’Empire.

Endetté, Pierre Lebrun consentira à vendre son hôtel particulier et la salle Lebrun à son ex-épouse Elizabeth Vigée-Lebrun, bien meilleure femme d’affaire que lui, à son retour en France !

Sources :
- Guide du promeneur 2e arrondissement, Dominique Leborgne, parigramme, 1995.
- Les architectes parisiens au XVIIIe siècle, Michel Gallet, Mengès, 1995.
- www.marie-antoinette.forumactif.org


8 rue du Sentier et 19 rue de Cléry - M° Sentier

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